IntermédiairePoutreGerberLiaison articuléeStatique

Une travée posée sur une liaison articulée

Une poutre de grande hauteur passe en console au-delà de son appui, et une poutre plus basse pend simplement de son extrémité sur une plaque d’âme boulonnée. Cette petite plaque est toute l’histoire : elle transmet l’effort tranchant mais pas le moment, ce qui en fait une rotule — et c’est la rotule qui permet à la simple statique de résoudre une poutre qui semble hyperstatique. Nous lisons l’assemblage, coupons la poutre à cet endroit, et résolvons chaque morceau avec les outils des exemples précédents.

Figure 1.Le problème : une poutre 610UB125 (articulation en A, appui simple en B, en console jusqu’en J à 8 m) portant une travée posée en 310UB40.4 jusqu’à un appui simple en C, sous 12 kN/m partout. L’assemblage en J est l’assemblage articulé à plaque d’âme dessiné entre les deux hauteurs.
Données
Poutre porteuse
610UB125A (articulation, 0) → B (appui simple, 6 m) → extrémité J (8 m)
Travée posée
310UB40.4J (8 m) → C (appui simple, 13 m)
Assemblage en J
Assemblage articulé à plaque d’âmetransmet l’effort tranchant, relâche le moment
12 kN/mcharge uniforme sur les 13 m
200 GPa
988.3 / 86.6 × 10⁶ mm⁴valeurs de la bibliothèque AS4100
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Étape 1 — Lisez l’assemblage avant de toucher aux nombres

Le dessin vous donne le modèle structural : une plaque d’âme transmet l’effort tranchant, pas le moment.

Regardez de près l’assemblage en J (8 m), où le 310UB40.4 de faible hauteur pend à l’extrémité du 610UB125. Les deux poutres ne sont reliées que par une petite plaque boulonnée sur leurs âmes. Les semelles — les parties d’un profilé en I qui reprennent la flexion — ne sont pas reliées du tout ; la petite poutre est même grugée en partie haute pour se loger sous le niveau de la semelle de la porteuse.

Sans liaison des semelles, aucun chemin ne permet au moment fléchissant de traverser l’assemblage. Quoi qu’il arrive, le moment en J doit être nul — c’est exactement ce qu’un ingénieur appelle une rotule. Un coup d’œil à la charpente a déjà écrit notre modèle structural : deux travées, articulées entre elles en J.

Figure 2.Détail de l’assemblage en J — le même dessin que la figure 1, agrandi, non redessiné. Une plaque d’âme boulonnée à travers les âmes, la petite poutre grugée sous la semelle de la porteuse : l’effort tranchant traverse, le moment non.
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Étape 2 — Couper la poutre à la rotule

Une rotule transmet une force mais aucun moment — y couper ne coûte donc rien.

Trois appuis sur une poutre continue seraient normalement hyperstatiques — la seule statique donne trois équations, et cette poutre compte quatre composantes de réaction inconnues. La rotule est la quatrième équation manquante :

Mieux encore, elle nous permet de démonter la structure. Coupez en J : la seule chose que la plaque d’âme fait passer entre les deux morceaux est une force verticale . La travée suspendue J–C devient une poutre sur deux appuis, posée sur la plaque d’un côté et sur l’appui simple de l’autre — le problème que nous savons déjà résoudre.

Figure 3.Le solide isolé de la travée posée J–C : une poutre sur deux appuis de 5 m sous la charge uniforme de 12 kN/m. L’« appui » de gauche est en réalité la plaque d’âme ; les deux extrémités portent 30 kN.
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Étape 3 — Résoudre la travée posée

La symétrie encore : chaque extrémité de la travée de 5 m porte la moitié de la charge.

La travée suspendue porte = 12 × 5 = 60 kN, symétriquement :

= 30 kN est notre première réponse définitive, et = 30 kN est l’effort que doit reprendre la plaque d’âme — retenez ce nombre : il revient deux fois, d’abord comme charge sur la poutre porteuse, puis comme effort de calcul des boulons.

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Étape 4 — Ramener les 30 kN sur la poutre porteuse

La poutre principale voit la travée posée comme une charge ponctuelle à l’extrémité de sa console.

Par le principe de l’action et de la réaction, la poutre porteuse reprend ce que la plaque soutient : une charge ponctuelle de 30 kN à son extrémité J, en plus de ses propres 12 kN/m. La poutre A–B–J n’est qu’une poutre avec porte-à-faux. Moments autour de A :

Vérification globale : 22 + 104 + 30 = 156 kN = 12 × 13 ✓. Toutes les réactions sont sorties de la statique — la rotule a transformé une poutre d’apparence hyperstatique en deux problèmes de cours.

Figure 4.Le solide isolé de la poutre A–B–J : sa propre charge uniforme plus les 30 kN transmis à l’extrémité. La statique donne 22 kN à l’articulation et 104 kN à l’appui simple.
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Étape 5 — Le diagramme de l’effort tranchant, et le nombre que ressentent les boulons

Parcourez les 13 m entiers ; la valeur qui traverse l’assemblage est son effort de calcul.

Recousez maintenant les morceaux et parcourez de gauche à droite : partez de +22, descendez sous la charge uniforme jusqu’à −50 juste avant B, sautez à +54 au droit de la grande réaction, redescendez à +30 en J — exactement les 30 kN qui traversent la plaque d’âme — puis continuez à descendre dans la travée posée jusqu’à −30 en C :

Figure 5.Diagramme de l’effort tranchant : notez la valeur à 8 m, les 30 kN qui traversent la plaque d’âme. L’assemblage est dimensionné pour ce nombre.
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Étape 6 — Le diagramme de moment passe par zéro à la rotule

Moment sur appui −84 à l’appui intérieur, zéro en J, moment en travée 37.5 dans la travée posée.

Le moment en B vient du solide isolé de gauche : kN·m de moment sur appui — le prix de la console. À partir de B le moment remonte, et à l’assemblage :

Zéro — par le calcul, non par hypothèse. La statique a confirmé ce que la charpente promettait à l’étape 1. Dans la travée posée, le moment est la parabole habituelle, culminant à kN·m en 10.5 m.

Figure 6.Diagramme du moment fléchissant : −84 kN·m sur appui au droit de B, exactement zéro à l’assemblage de 8 m, 37.5 kN·m en travée dans la travée posée.
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Étape 7 — La déformée trahit la rotule

Une brisure de pente en J : les deux travées tournent indépendamment sur l’articulation.

La déformée est le dessin qui fait cliquer tout l’exemple. Au-dessus de la poutre porteuse, la poutre bouge à peine — un 610UB125 est raide. En J la courbe se brise : une vraie rotule ne transmet aucun moment, rien n’oblige donc les deux côtés à quitter l’assemblage avec la même pente. La travée posée fléchit alors librement jusqu’à environ 6.2 mm — elle est à la fois la section la plus basse et le morceau suspendu à un appui mobile.

Figure 7.Diagramme des flèches : presque plat au-dessus de la porteuse raide, puis la travée posée fléchit jusqu’à ≈6.2 mm. La pente change brusquement à 8 m — la brisure, c’est la rotule.
Figure 8.La poutre résolue : réactions 22 / 104 / 30 kN et la fibre moyenne déformée. Suivez le tireté à travers l’assemblage — la brisure en J est une rotule faisant exactement ce que la plaque d’âme promettait.

La preuve

Six nombres calculés à la main contre le solveur.

Vérifié — calcul à la main contre le solveur, à l’arrondi près
GrandeurÀ la mainStructureCalcs
Réaction R_A22 kN (statique)22 kN
Réaction R_B104 kN (ΣM_A sur la poutre porteuse)104 kN
Réaction R_C30 kN (wL/2 de la travée posée)30 kN
Effort tranchant dans l’assemblage30 kN (l’effort de la plaque d’âme)30 kN à 8 m
Moment à la rotule M_J0 (par la statique, étape 6)0 à 8 m
Moment sur appui M_B−84 kN·m à 6 m−84 kN·m à 6 m
Maximum en travée37.5 kN·m à 10.5 m (wL²/8)37.5 kN·m à 10.5 m

Chaque valeur a été calculée à la main par la méthode classique, puis confrontée au solveur de ce site — le moteur même qu’ouvre le bouton Essayer. Cette concordance est revérifiée automatiquement à chaque build.

À vous de jouer

Ouvrez ce modèle exact dans le calculateur — puis changez une charge, déplacez un appui, et regardez chaque diagramme se recalculer en temps réel. Le meilleur moyen d’acquérir de l’intuition, c’est de le casser et de voir ce qui se passe.

Emportez-le avec vous

Exportez cet exemple résolu en PDF, ou téléchargez-le en .screport et ouvrez-le dans le générateur de rapports — le modèle voyage dans le fichier : vous pouvez le reconstruire, le recalculer et bâtir votre propre rapport à partir de lui.

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